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 Supermarché

11/4/2010

Supermarché

 

Pour éviter la foule, la cohue, les bousculades et les files d'attentes trop longues, je vais faire mes courses en début d'après-midi. 14H30 est une heure correcte pour le Franprix qui se trouve au coin de ma rue. À cette heure, les caissières en manque d'activité sont obligées de faire des efforts pour ne pas céder à la tentation d'un sommeil sans aucun doute mérité. Et moi, je débarque avec en tête le souci de trouver la bonne adéquation entre mes besoins et mes envies, mes finances et mes folies. Cette formule est si complexe que je varie rarement le choix de mes achats. Pâtes, sauce tomates, boîte de raviolis … si vous voyez ce que je veux dire … Eh oui, je vis seul. Mais là n'est pas la question.

À 14H30, il n'y a jamais plus de trois pelés et deux tondus qui font leurs courses au Franprix. Et puis moi qui débarque donc, avec en tête le souci que je viens de vous dire. Alors c'est toujours les mêmes gestes, le même trajet (pour copier une pub avec Zidane) d'abord le rayon fruits et légumes, je prends des tomates et des pommes, ensuite le rayon petit-déjeuner, je prends des céréales, ensuite les pâtes, la sauce tomate, le beurre, les œufs, le jambon et je termine par le papier cul, le dentifrice et le déodorant enfin, la petite touche de folie, une tablette de chocolat. J'arrive à la caisse.

Devant moi, un homme finit de faire passer ses articles sous le lecteur de code barre. Il a rempli DEUX CHARIOTS de produits divers et variés. Et, évidemment, il n'y a qu'une seule caissière. Me voilà obligé d'attendre.

Avec toutes ces provisions, le type a de quoi tenir un siège de 40 jours. Comme il a une tête à travailler dans un ministère, je commence à me demander s'il n'a pas des informations au sujet des armes de destruction massive détenues par l'Irak, que le grand public ignorerait encore. Je me souviens très bien que lors de la première attaque par les Américains de ce pays, des milliers de gens s'étaient ruée dans les grandes surfaces pour faire, comme lui, le plein de provision. Je repense alors aux choses que j'aurais dû prendre en prévision d'une attaque contre l'Irak. Davantage de P.Q sans doute, et puis de pâtes et du sucre, peut-être aussi une bouteille de lait ou quelque chose comme ça pour les vitamines.
Pendant ce temps, la caissière avance à bon rythme. Tous les articles passent sans présenter la moindre résistance. Mais il suffit que je constate cela pour qu'un fromage sous cellophane fasse des siennes.
— Il coûte combien ce fromage ? Demande la caissière.
Une jeune fille occupée à remplir le rayon des alcools lui répond :
— Quoi, y passe pas ?
— Non, et y'a pas de prix dessus
Alors, la jeune fille qui s'occupait des bouteilles d'alcools descend de son échelle et vient vers la caissière. Elle examine le fromage et dit :
— T'as qu'à taper le code barre
— Ah oui, dit l'autre.
Et elle commence. Elle s'arrête au bout de trois chiffres pour rappeler sa collègue :
— Tu peux me dicter ?
L'autre revient, s'empare du fromage et commence :
— 3…4…7…0…8…5…2…
Et la caissière tape les chiffres qu'on lui dicte.
Enfin, le prix est trouvé. Il est comptabilisé. Le total apparaît. Le type sort une carte bleue. La caissière appuie sur un bouton puis lève la tête et le regarde d'un air vraiment désolé :
— J'ai tapé sur paiement par chèque au lieu de carte bleue.
Je comprends ce qu'elle veut dire, c'est la merde.
Elle rappelle alors sa collègue qui vient de lui porter assistance :
— Qu'est-ce que je fais, j'ai tapé chèque et il paie avec une carte bleue ?
— Là, je peux rien faire pour toi, répond l'autre, faut qu't'appelles M.Alvarez
La caissière paraît encore plus ennuyée, mais elle s'empare quand même d'un micro et demande :
— M. Alvarez vous pouvez venir en caisse s'il vous plaît ?
Quelques minutes plus tard, M.Alvarez arrive d'un pas nonchalant. Visiblement on le dérange en pleine activité, mais on ne saura jamais laquelle.
— Bon qu'est-ce qui se passe ?
Je constate que l'homme du ministère est en train de perdre patience tandis que je regarde, avec une certaine fascination maintenant, comment des "petits riens" peuvent nous faire perdre un temps fou dans ce monde où en gagner est primordial.
La caissière explique à M.Alvarez sa petite erreur. Celui-ci s'approche de la caisse pour résoudre ce problème, mais, en fourrant ses deux mains dans les poches de son pantalon, il se rend compte que quelque chose lui manque :
— A zut, j'ai pas les clés !
C'est la merde me dis-je encore une fois.
M. Alvarez n'est pas notre sauveur. Du coup, on cherche David. David ! Où est David ? Heureusement, David est dans les parages. Il a entendu qu'on le cherche et il arrive avec un gros trousseau de clés accroché à sa ceinture. Il en sort les clés de la caisse et les donne à son chef. M.Alvarez peut alors faire la modification que tout le monde attend, car entre-temps évidemment, dix personnes se sont amassées derrière moi et attendent également de passer à la caisse.
Tout le monde est donc soulagé.
Le type du ministère, sur le point de taper une crise, semble aller beaucoup mieux.
Maintenant il introduit sa carte dans le lecteur de carte bleue, tape son code puis valide. Il obtient un message d'erreur, lui informant d'une anomalie sur sa carte.
Je crois qu'il a sombré dans la folie.

 

Tags : Histoire
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